Le point tournant d'une vie

- Grandmorse

Quel marathon et quelle date :

Le marathon Oasis de Montréal le 25 septembre 2011

Combien de marathons et/ou de demi-marathons avez-vous réussi ?

1 complet et des dizaines de demi

Est-ce que vous prévoyez en courir un autre ?

Seulement avec quelqu'un qui cours son premier

Pourquoi la décision de courir un marathon ?

J’ai décidé de courir marathon pour plusieurs raisons, mais la première était que je n’avais jamais accompli rien de grandiose jusqu’au bout dans ma vie. Avec un passé d’obésité et une dépendance aux drogues et à l’alcool, j’ai compris que je devais faire quelque chose pour ma santé, autant physique que psychologique. Avec quelques kilomètres sous la ceinture et un père à qui je n’avais jamais parlé, mais qui avait couru plusieurs marathons dans sa vie, j’ai décidé de courir un marathon. Peut-être que j’espérais avoir son attention d’une certaine façon et ressentir une certaine fierté de sa part, j’ai découvert assez vite que cette fierté ne pouvait venir que de moi, et avec raison.

Comment a été mon entraînement et préparation ?

Mesurant plus de 6’6’’ et pesant 245 lb, je devais perdre du poids, arrêter de fumer, lâcher les narcotiques, me mettre en forme, et commencer par être capable de courir plus de 1 kilomètre, un marathon était le moyen le plus efficace et ambitieux pour corriger les aspects de ma vie que je n’aimais pas. Je me suis entraîné seul, j’ai consulté un entraîneur pour un programme et apprendre les bases physiques. Ayant toujours fait à ma tête, je me suis vite dépêché à me faire un programme en fonction de ce que sentais était le mieux. J’avais donc 6 mois pour me préparer et je courais de 4 à 5 fois par semaine. Commençant avec 30 km/semaine, j’ai monté à plus de 70 km/semaine. J’ai couru la pluie, le froid, les plus de 40 degrés Celsius, les éraflures, les ampoules, les maux de dos, les gastro-intestinales, les fatigues extrêmes, les sueurs de toxines, les problèmes de genoux, les maux de tête, la déshydratation, les nausées, les étourdissements, les hypoglycémies, les mamelons en sang et surement autres choses que j’ai oublié, je ne me suis arrêté devant rien du tout. J’en parlais à tout mon entourage, ils me détestaient, je leur tombais sur les nerfs, mais la passion était présente…

J’ai goûté à quelque chose de majestueux, un projet. Pour la première fois dans ma vie, j’avais un rêve réel qui venait de moi. Pour l’atteindre, j’avais des objectifs pour me mesurer, des buts pour m’indiquer que j’y étais, et un plan d’action pour atteindre ces objectifs, sans compter la détermination, la passion, la discipline et le courage pour n’arrêter devant rien. Tout était organisé. J’ai passé au travers d’un processus de la vie qui n’allait pas seulement me servir pour le jogging, mais tout ce qui peut s'entreprendre.

Comment a été ma course, les faits marquants ?

La course, à oui… Je me souviendrais toujours la veille du marathon, lorsque je suis allé chercher mon dossard, je pleurais de joie de m’être rendu là, il ne me restait qu’à me faire confiance et d’avoir un peu de foi. J’ai un souvenir d’un homme qui s’appelle Martin, il a senti ma joie et nervosité à la cueillette de dossard et m’a aidé pendant l’exposition.

Le matin de la course, je prenais le métro pour me rendre à la course, je n’arrivais pas à croire que c’était enfin arrivé ! J’essayais de cacher mes larmes dans le vague de gens au parc Jean Drapeau, je n’avais aucun mot pour décrire ce que je vivais, mais c’était fort, c’était très puissant comme sentiment. En plus, mon père allait venir me voir avec sa femme, mais j’ai vite réalisé que je ne pouvais pas compter sur beaucoup de gens voyant que je suis à 42,2 km de vivre un rêve et personne n’a envie de venir m’encourager… une chance que c’était pour moi que je faisais ça !

Une heure avant le coup de fusil, j’étais très nerveux et perdu, et en cherchant quelqu’un à qui parler pour m’en libérer, j’ai entendu quelqu’un crier mon nom, Martin était là ! Il m’a aidé à nouveau jusqu’à la ligne de départ et m’a écouté délirer ma vie pendant un bout. En me rendant sur le pont, j’ai vécu une chose assez bizarre. J’ai vu toute ma vie défiler en une secousse, mon enfance sans responsabilité, mon adolescence corrompue, mon obésité, mes problèmes de drogues, les efforts pour m’en sortir, mon cheminement de rétablissement et PAF, j’étais là, sur le pont Jacques-Cartier à la ligne de départ de mon premier marathon. Je savais que si je ne me rendais pas à la ligne d’arrivée, le fait d’avoir eu le courage de vivre tout ce que j’ai vécu et de me rendre à cette ligne de départ, le miracle s’était déjà manifesté.

Au coup de départ, j’étais aveuglé par mes larmes, je n’arrivais pas à reprendre mes esprits. Je me souviendrais toujours que Bruny Surin m’a vu la face et m’a dit : « Bonne course le jeune » en me tendant la main pour un « high five ». J’ai réussi à reprendre mes esprits 15 minutes dans la course. J’avais trois objectifs pour le circuit : de me rendre à la ligne d’arrivée, partir très lentement et faire la deuxième moitié plus rapidement que la première. J’ai eu droit à l’iPod pendant ma course et j’en ai profité pour écouter du Joe Bonamassa pendant une bonne partie. Les premiers 17 kilomètres étaient très ennuyeux.

Le plus beau cadeau que j’ai eu pendant ma course était de voir mon père au 27e, 34e et 42,1e kilomètre. Je le voyais encourager les gens et il s’était mis à courir avec moi quelques mètres malgré ses problèmes de genoux et de dos, ça valait de l’or pour moi. Au 37e kilomètre, j’ai compris que j’allais me rendre, je ne sais pas si ça, c’est la foi, mais j’aime dire que oui, avoir la certitude de quelque chose avant que ça l’arrive. Avec un temps total de 4h45m, j’ai fini le dernier 5 km en 24 minutes, j’étais sur le point de tourner la page sur un gros chapitre de ma vie. En traversant la ligne d’arrivée, une chose m’est venue en tête : « J’ai douté de moi à plusieurs reprises aujourd’hui et les derniers mois, mais me voilà un marathonien. Malgré tout ce qu’on peut vivre, tout est réalisable, mais là, je suis fatigué, et j’ai faim ».

Je n’ai pas raconté cette histoire très souvent, mais ça fait du bien de pouvoir la publier publiquement. Même si c’est anonyme, j’espère que ça peut aider quelqu’un à se lever du clou sur lequel la plupart des gens sont assis, mais qui ne fait jamais assez mal pour changer quelque chose. En fin de compte, je n’ai jamais retrouvé Martin, et je n’ai jamais réussi à mettre des mots sur les sentiments que je vivais ce jour-là, mais je sais qu’à chaque fois que je passe à un endroit qui touche le parcours que nous avions fait au marathon, j’ai une larme qui coule pour me rappeler ce point tournant de ma vie.

Leçons apprises :

  • Mettre de la vaseline sur mes mamelons avant une longue course.

  • Peu importe ce que tu vie, il n’y a que la souffrance qui te motivera assez pour changer quelque.

  • Avec tout ce que j’ai vécu pendant cette expérience, je ne peux pas la garder pour moi, je dois partager cette passion et aider d’autres gens à vivre des rêves hors du commun.

  • Les problèmes sont les meilleures occasions de créer quelque chose de nouveau.

  • Comprendre une dépendance est la solution, pas la remplacer par une autre dépendance.


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